
14h00 - J'émerge péniblement du sommeil profond dans
lequel j'ai sombré aux alentours de quatre heures du matin. Dernière journée de travail la veille, avant les grandes vacances. Un peu le sentiment d'être une môme sur son banc de classe, qui
piaffe.
Dernière émission cependant. Alors un fond de mélancolie se glisse dans tout cela. Je n'aime pas les fins de saison télé pour ces raisons. C'est toujours le grand bordel.
Alors, plutôt une môme qui quitte les bancs de sa chère école primaire, qu'elle connaît si bien, pour voguer vers le grand inconnu d'un collège.
Mais, en attendant, une longue pause de deux mois. Deux mois plein à dédier à la musique, au farniente. Deux mois de petit dej à rallonge, de lecture approfondie du journal, de soleil...
Le pied quoi !
Bref, et dans tout ce chambardement, je dois me rassembler. Je cherche les morceaux de mon corps éparpillés aux quatre coins du lit et je me lève à la bourre pour le concert de ce soir.
J'évalue le temps qu'il me reste pour récupérer de la cuite d'hier, me reconcentrer, récupérer ma voix refroidie à la climatisation, checker la liste du matos, préparer la liste. Je re-regarde
l'heure et décale le rendez-vous avec le guitariste et l'ingé son d'une heure. Autant être lucide...
19h00 - Les balances se passent. Hélène, l'ingé son est méthodique et efficace. J'aime les balances. Elles permettent de tester une toute dernière fois ce qui a été bossé en répèt', de prendre la
température. Chauffer la voix, déconner à moitié.
Pas de pression et on se fout de se planter. Le trac redescend un peu. Je me rends compte ne pas avoir évalué les circonstances particulières qui résultent d'une prestation en extérieur. Jusque
là protégée par des murs, la promiscuité de la rue me plaît assez.
Me voilà heureuse avec mon bout de trottoir. La voix coince un peu mais ça devrait passer.
Gowan, le guitariste, qui m'accompagne et fait la première partie avec ses propres chansons, stresse un peu. Il n'a pas de soucis à se faire, ses chansons sont excellentes.
Je crains de ne pas trouver les mots pour le rassurer, moi-même trop engluée dans le trac. Je file me changer. Efficace, la tenue oblige l'esprit à contextualiser.
21h30 - Un petit verre de vin blanc plus tard, je présente le set et c'est parti. Gowan gère parfaitement sa scène. Les gens passent, s'arrêtent, écoutent... La terrasse baisse d'un ton.
Tout va bien et s'enchaîne. Suit un set piano-voix qui m'angoisse un peu car un des morceaux est un peu trop récent pour être parfaitement maîtrisé. Et puis, j'aligne les notes sans filet. Ca se
passe. Un peu inégalement.
Définitivement, le côté "apéritif" de la Fête de la Musique donne un ton bizarre au concert. Le public change continuellement. En perpétuel mouvement. Mon bout de trottoir devient un espace
ouvert. La concentration est difficile. Le son m'échappe, s'envole, s'amuse, rebondit dans l'air, pour une fois libre de murs qui l'emprisonnent.
Les chansons sont intimistes, le lieu exhibitionniste. Le mélange des genres est étrange. Mais, au final, ça sonne et ce public, qui ne m'est pas acquis, semble apprécier.
22h30 - Fin du deuxième set. Je me sens plus légère, le troisième sera plus simple. Il n'y a que ma voix à gérer cette fois. Sauf pour "Parking de Nuit", mais cette chanson est désormais un
boulevard pour moi et les notes filent sous mes doigts sans difficulté.
L'apport rythmique de la guitare, donne un coup de pêche et je peux lâcher les chevaux côté voix. Enfin debout, libérée, le corps balance et j'explose. C'est grisant.
Dernière note et ma voix se brise. Ouf, elle a tenu le temps qu'il fallait. J'ai frôlé la catastrophe côté extinction.
Je regarde autour de moi, le public a encore changé. Mince ! Je ne peux plus suivre.
23h15 - Petit verre de vin blanc. Discussions. Je vends un cd à un parfait inconnu. Et ça, ça vaut beaucoup... Je conclus à un set convaincant, donc. Je glane à droite et à gauche les retours,
qui sont positifs. Pour une remise en route avec un nouveau guitariste, on s'en est bien bien sortis. Et une envie, celle de remonter plus souvent sur scène.
23h20 - La voisine du dessus descend pour nous demander de baisser le son, elle a des enfants. Dans la foulée, à quelques secondes d'intervalle, un voisin d'en face descend pour nous
demander de continuer à jouer. C'est drôle.
Et un petit boeuf pour terminer, en duo flûte/piano avec Hélène, l'ingé son, puis Diko, un ami, qui se joint à nous à la guitare. Le pied ! Cette fois, je peux me concentrer sur le piano et je
laisse les doigts filer, tout au plaisir de jouer à plusieurs.
... Et c'est l'heure de remballer le matos. Une légère griserie m'emporte. Et le coup de fatigue qui tombe d'un coup. Je flotte. Nous dînons avant de descendre nous noyer dans la foule des
Quais de Seine, écouter d'autres musiciens.
06h30 - (grosse ellipse) Voilà l'été et la musique bien fêtés. En beauté. Le jour se lève paisiblement. L'air est doux et je rentre à pied, longeant les Buttes-Chaumont. Douce euphorie de la
soirée réussie. Je ne suis pas/plus fatiguée. Mes pieds flottent au-dessus du sol. Sentiment intime d'avoir donné quelque chose. Du moins, je l'espère.
Je chantonne. Le soleil se lève, baignant les arbres d'une lumière jaune. Une bergeronette traverse sur les clous, un couple de moineau campe sur le goudron. Les rues sont vides et la ville
m'appartient. A regret, je rentre chez moi. Je n'ai pas envie de dormir. Je me fais un café, j'allume une bougie à la cannelle.
A la fenêtre, je respire l'odeur humide de l'averse d'été qui lave les trottoirs.
Oui, nous sommes en été, et c'est les vacances...
Que rêver de mieux ?

[Photos : Sophie]
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